Accueil du site > MJC de Moselle > Actualités des MJC > Les émotifs anonymes (MJC de Saint-Avold)

Les émotifs anonymes (MJC de Saint-Avold)

Un peu de théâtre, un zest de thérapie, l’activité proposée par Nadia Bouzouina, àla MJC, a pour objectif d’apprendre àgérer ses émotions avant tout. Ils étaient sept àdécouvrir cette méthode, lors de la première séance.


Par des petits exercices a priori anodins, Nadia Bouzouina apprend à ses élèves à décrypter leur comportement. Seule, debout, devant une rangée de spectateurs, la jeune fille se tortille en se tordant les mains. Elle doit tenir une minute, et ça parait très long àtout le monde. Quand enfin, le supplice prend fin, les autres tour àtour, doivent dire « quelque chose de positif àson égard  ». Un drôle d’exercice, parmi tant d’autres, mis en place au sein de l’atelier de théâtrothérapie de la MJC de Saint-Avold. Peu avant, les élèves devaient courir avec les yeux bandés, pour « tester leur confiance  », ou encore expliquer en quelques mots leur principale source de stress au quotidien. Cet atelier est une nouveauté, à Saint-Avold, initiée par Nadia Bouzouina. La jeune femme s’est spécialisée dans ce domaine, à Metz tout d’abord, après avoir été animatrice de quartier et éducatrice spécialisée. « On n’est pas ici pour devenir comédien, ni pour préparer un spectacle. Les participants connaissent des difficultés às’exprimer, àmaîtriser leurs émotions. On travaille là-dessus, sur l’estime de soi, la confiance, la notion d’espace… Autant de choses qui permettent de surmonter une difficulté às’exposer, à exister dans un groupe.  » Nadia explique que ce travail peut être aussi bien appliqué à des publics dits "difficiles" qu’à des handicapés, ou simplement… àde grands timides. Le petit groupe venu tester la pratique àSaint-Avold se compose de profils très différents : une enfant fluette, d’une dizaine d’années, un jeune homme àl’allure décontractée mais qui se décrit comme « anxieux àl’idée de l’échec  », ou même des femmes, la cinquantaine passée, qui s’estiment encore « fragiles  ». Leur seul point commun, àpremière vue : la timidité, plus ou moins bien cachée.


Des jeux de rôle pour prendre du recul


« Cette grande diversité n’est pas un problème pour notre exercice, rassure Nadia. Parce qu’ici, on traite le collectif et l’individuel àpart égale. Le groupe va apporter une force supplémentaire : au théâtre, on parle de famille. Et on en aura besoin, ces séances sont parfois éprouvantes : on se prend trois séances de psychothérapie dans la figure !  » Durant la séance, en effet, on rigole un peu, mais on n’est rarement tout àfait àl’aise. Du coup, Nadia apprend àses élèves une technique de respiration abdominale, « la base p o u r g é r e r u n e m o n t é e d’angoisse  ». Par la suite, au cours de l’année, le groupe entamera des jeux de rôle et d’improvisation. « Ce travail s’articule autour des méthodes de Constantin Stanislavski et d’Augusto Boal  », lance l’animatrice, sans en dire beaucoup plus, pour l’heure. Le premier, comédien et metteur en scène russe, a théorisé un enseignement fondé sur la mémoire affective et le vécu (il a notamment influencé le célèbre cours de théâtre Actors Studio). Le second, un Brésilien, est àl’origine d’un concept appelé "Théâtre de l’opprimé". Il appelait ses élèves àimproviser autour de problématiques de la réalité sociale ou économique. Des pièces courtes qui se terminaient souvent de façon tragique. La scène était alors rejouée une seconde fois, et le public appelé àintervenir quand il le souhaitait, pour tenter d’influencer le cours des événements. Nadia se nourrit de ces concepts et de bien d’autres pour élaborer ses séances. « Les résultats sont là. Ça fait trois ans que je me consacre exclusivement àla théâtrothérapie. Aucun de mes élèves n’a abandonné en cours de route.  »

Marie KOENIG.

P.-S.

Paru dans le Républicain Lorrain - edition Saint-Avold - 23/09/2013